DIMARS 25 de MAI 2021
Santo Soufìo
LI BARBARE APRIVADA
Lis oumenas que soun vengu
Amon noste vin, n’an begu.
An manja nòsti cebo blanco,
An freta d’aeit bèn madur
Li fougasso d’aquéu blad dur
Que grano pas en terro franco.
Se soun regala de pebroun,
De pastèco emé de meloun ;
An tant pita de nòsti figo
E de noste rasin muscat
Que, vengu maigre coume cat,
Aro an lou bedoun que boufigo.
An vist resplendi lou soulèu ;
An passa l’ivèr sènso nèu ;
An trouva li chato tant bello
Que n’en soun devengu fada,
E qu’an quàsi tóuti óublida
Lis alemando palinello.
Tambèn, quouro lou rèi german,
La pas signado au bout d’un an,
A fa troumpeta que l’armado
S’acamparié pèr lou retour
Souto li bàrri dins tres jour,
O lèi de Diéu ! que desbandado !
Lou jour qu’a di, de bon matin,
Lou rèi vèn sus lou grand camin,
Pèr la revisto e la parado ;
Cavauco, clafi d’estrambord,
Au mitan de si gardo-cors,
Jusqu’à l’endré de l’acampado.
E que vèi ? Res que de badau !...
S’espanto que n’aganto caud,
Viro la tèsto de tout caire :
« Ah ço ! crido, ounte soun mi gènt ?
Erian tres milo, e sian pas cènt !
Anas cerca lou devinaire. »
An fa veni lou sabentas
Qu’a de besicle sus lou nas
E de prouvèrbi plen la gibo.
« L’ome, dis lou rèi mau-countènt,
Auras de vigno, auras d’argènt,
Se m’espliques ço que m’arribo.
.
« Dins li carriero e dins lou camp,
A mi tres milo sacamand
Ai fa souna la despartido :
Adounc espère, e degun vèn !
Que vòu dire aquéu mancamen ?
Se fan li miòu, auran de brido !
– Segne Rèi, lis entestarda,
Quand soun fort, quau pòu li brida ?..
S’assajes, trouvaras batèsto.
Ti péu rous soun tóuti d’acord
De pas s’entourna dins lou Nord,
Qu’eici la vido es uno fèsto !
« À te dire la verita,
Aquest païs es encanta
Quau l’abito un an ié demouro :
Siés vengu darrié ti sóudard,
Sire ; deman sara trop tard :
Se vos parti, parte sus l’ouro.
« Senoun devendras prouvençau,
E t’en pourtaras pas plus mau,
Se fas coume li de ta bando.
– E de-que fan ? – Se soun louga,
Fan d’escoubeto de brugas,
Foson lou campèstre e la lando.
– Siés-ti fòu, o bèn empega ?
Voudriés que m’anèsse louga
Pèr laura vo pèr metre en bouto ?
– Perqué pas ? es un bon counsèu :
Se partes, ié vai de ta pèu
As fa tant de destrùssi en routo !
« Aquéli qu’as entransina,
Quand te veiran abandouna,
Faran lèu d’acourchi toun viage.
Vai ! amor que rèstes soulet,
Miés vau èstre en vido e varlet
Que rèi e mort, a di lou sage. »
Ravous GINÈSTO
La Coulougno enribanado. 1909
LES BARBARES APPRIVOISÉS
Les colosses qui sont venus
Aiment notre vin, ils en ont bu.
Ils ont mangé nos oignons blancs,
Ils ont frotté d’ail bien mûr
Les fougasses de ce blé dur
Qui ne pousse pas en terre franque.
Ils se sont régalés de poivrons,
De pastèques et de melons ;
Ils ont tant mangé de nos figues
Et de notre raisin muscat
Que, venus maigres comme des chats
Ils ont maintenant ont le ventre rebondi.
Ils ont vu resplendir le soleil ;
Ils ont passé l’hiver sans neige ;
Ils ont trouvé les filles si belles
Qu’ils en sont presque tous devenus fous,
Et qu’ils ont presque oubliés
Les allemandes pâlottes.
Aussi, quand le roi germain ,
La paix signée au bout d’un an,
A fait annoncer que l’armée
Se rassemblerait pour le retour
Sous les remparts dans trois jours,
O mon Dieu ! quelle débandade!
Le jour dit, de bon matin,
Le roi vient sur le grand chemin,
Pour la revue et la parade ;
Chevauchant, rempli d’enthousiasme,
Au milieu de ses gardes du corps,
Jusqu’à l’endroit du rassemblement.
Et que voit-il ? Rien que des badauds !...
Il s’épouvante à en attraper chaud,
Tourne la tête de tous les côtés
«Ah ça ! crie-t-il, où sont mes gens ?
Nous étions trois mille, et nous ne sommes pas cent !
Allez chercher le devin. »
On fait venir le grand savant,
Celui qui a des lunettes sur le nez
Et des proverbes plein sa bosse.
« L’homme, dis le roi mécontent,
Tu auras des vignes, tu auras de l’argent,
Si tu m’expliques ce qui m’arrive. »
« Dans les rues et dans les champs,
Il y a trois mille chenapans
J’ai fait sonné le départ :
Donc j’attend, et personne ne vient !
Que veut dire ce manquement ?
S’ils font les mulets, ils auront des brides !
Seigneur Roi, les entêtés,
Quand ils sont forts, qui peut les brider ?..
Si tu essaies, tu trouveras la bataille.
Tes cheveux blonds sont tous d’accord
Pour ne pas retourner dans le Nord,
Car ici la vie est une fête !
« Pour te dire la vérité,
Ce pays est enchanté
Celui qui y vit un an y reste :
Tu es venu derrière tes soldats,
Sire ; demain il sera trop tard :
Si tu veux partir, pars sus l’heure.
« Sinon tu deviendras provençal
E tu ne t’en porteras pas plus mal,
St tu fais comme ceux de ta bande.
– Et que font-ils? – Ils se sont loués,
Ils font des balais de bruyère,
Ils cultivent les champs et la lande.
Tu es fou, ou bien tu es soul ?
Tu voudrais que j’aille me louer ?
Pour labourer ou mettre en tonneau ?
Pourquoi pas ? C’est un bon conseil :
Si tu pars, il y va de ta vie
Tu as fait tant de destructions en route !
« Ceux que tu as entraîné,
Quant ils te verront abandonné,
Auront vite fait de raccourcir ton voyage .
Va ! puisque tu restes seul,
Mieux vaut être en vie et valet
Que roi et mort a dit le sage. »