DIMARS 16 de FEBRIÉ 2021
Dimars Glout
L’AVUGLE
Madamo Bouferoun avié de narro. Voulié faire vèire qu’avié bouan couar. Quouro rescountravo un paure, l’agradavo de si moustra larganto, subretout quand l’avié quaucun pèr la regarda.
Mai agués pas cregnènço que s’arrouinèsse ! Avié tròup lei poung sarra pèr acò. Emé soun biais d’esquiha un sòu dins la bachassolo d’un malurous, semblavo que dounavo castiho. Es verai que l’espargnavo pas de bouànei paraulo pèr lou plagne, ce que li coustavo rèn.
Dimenche passa, coumo permenavo long dóu balouard, rescountrè un paure avugle que demandavo l’aumouarno proche dóu jardin de la vilo :
– Paure mesquin ! li diguè en s’avançant d’éu, en furnant dins sa sacocho pèr n’en sourti un sòu. Ve ! lou bouan Diéu vous a leva ce qu’avèn de meiour en vous privant de la visto. Tenès, vaqui un sòu. Anas, sias de plagne !
– Poudès va dire, respoundè l’avugle, subretout que proufitas d’acò pèr mi fila un marrit sòu e que dèvi faire aquéu que li vis pas…
Cascaròti
L’AVEUGLE
Madame Bouferon avait du flair. Elle voulait faire voir qu’elle avait bon cœur. Quand elle rencontrait un pauvre, elle aimait se montrer généreuse, surtout s’il y avait quelqu’un pour la regarder.
Mais n’ayez pas peur qu’elle se ruinât ! Elle était trop avare pour cela. Avec sa manière de glisser un sou dans la sébile d’un malheureux, il semblait qu’elle donnait une fortune. Il est vrai qu’elle ne lui épargnait pas les bonnes paroles, ce qui ne lui coûtait rien.
Dimanche passé, comme elle se promenait le long du boulevard, elle rencontra un pauvre aveugle qui demandait l’aumône près du jardin de la ville :
– Pauvre bougre ! lui dit-elle en s’avançant vers lui, en fouillant dans sa sacoche pour un sortir un sou. Voyez ! le bon Dieu vous a enlevé ce que nous avons de meilleur en vous privant de la vie. Tenez, voilà un sou. Allez, vous êtes à plaindre !
– Vous pouvez le dire, répondit l’aveugle, surtout que vous profitez de cela pour me filer un mauvais sou et que je dois faire celui qui n’y voit pas…
LOU PASTIS
« Ti juégui ’no lèbre que va faras pas !
–, Que si, que va farai !... »
En prenènt lou cafè sus d’uno taureto souto lou tendoulet dóu Cafè dóu Var, Gounzago, Lisè, l’apouticàri emé Pascau s’escaufavon la bilo.
« O, va farai ! dihié Pascau.
Va faras pas ! dihien leis autre.
– Que si dis ?... li fa lou grand capelié que restavo proche la fouant.
– Pascau a fa lou pariage que dissato, quouro li aura bèn de mounde, farié à la barbo de cadun un gros pastissoun au bèu mitan dóu marcat.
– Mantèni, iéu aussi ! li dis lou capelié ; se perdèn, pagaren la lèbre. »
Lou dissato venènt, moun Pascau qu’avié mes uno longo blodo de pintre que li venié jusqu’ei boutèu, fasié de rego au mitan de la plaço : anavo... venié... avié l’èr, en fumant sa pipo, de prendre lou soulèu ; subran s’escagasso e tiro de plan au sòu emé lou det, semblavo que chifravo... Au bout d’uno vòuto s’enausso e s’en va en leissant darrié d’éu un gros pastissoun large coumo uno fougasso. Avié tengu lou pache. Filo drech au Cafè dóu Var pèr dire à sei coumpan que poudien ana vèire lou terme qu’èro en plaço ! Pensas se lei gènt s’èron amoulouna à l’entour.
« Qu ’s aquéu salop ? Qu ’s aquéu pourcas ? »
Degun avié rèn vist, mai Pascau avié gagna la lèbre.
Francés Pelissier
L’ÉTRON
« Je te parie un lièvre que tu ne le feras pas !
– Oh ! que si, je le ferai !... »
En prenant le café sur une petite table sous le tendelet du Café du Var, Gonzague, Louiset, le pharmacien et Pascal s’échauffaient la bile.
« Oui, je le ferai ! disait Pascal.
– Tu ne le feras pas ! disaient les autres.
– Que dites-vous ?... leur dit le grand chapelier qui habitait près de la fontaine.
– Pascal a fait le pari que samedi, quand il y aura de monde, il ferait devant tous un gros étron au beau milieu du marché.
– Je parie moi aussi ! leur dit le chapelier ; si nous perdons, nous paierons le lièvre. »
Le samedi suivant, mon Pascal qui avait mis une grande blouse de peintre qui lui arrivait jusqu’aux mollets, faisait les cent pas au milieu de la place : il allait… il venait… il avait l’air, en fumant sa pipe, de prendre le soleil ; soudain il s’accroupit et trace des marques sur le sol avec le doigt, il semblait réfléchir… Au bout d’un moment il se relève et s’en va en laissant derrière lui un énorme étron gros comme une fougasse. Il avait tenu le pari. Il file droit au Café du Var pour dire à ses copains qu’ils pouvaient aller voir le tas qui était en place ! Pensez si les gens s’étaient rassemblés autour
« Qui est ce salop ? Qui est ce gros porc ? »
Personne n’avait rien vu, mais Pascal avait gagner le lièvre.
Francis Pelissier