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DIMARS 4 DE NOUVÈMBRE 2019

 

Santo Silvìo

 

 

Ditado :

 

  • À tèsto blanco souvènt lou cervèu manco.

Aux cheveux le cerveau manque souvent.

 

  • Vau miés uno fouant qu’uno cisterno.

Une fontaine est préférable à une citerne.

 

  • Dóu bouan terradou, bouan vin.

D'un bon terraire, bon vin.

 

Tèmo :

 

  • Les couillons de Cuers préfèrent le tout à la moitié

Lei couioun de Cuers amon miés lou tout que la mitan.

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TÒNI PUGLIESI

 

Toni Pugliesi, l'étameur, était porte-drapeau de la fanfare. II ne jouait d'aucun instrument, mais comme il voulait à toute force faire partie de l’harmonie cuersoise, on lui colla le drapeau.

La veille du 14 juillet il alla à Toulon pour affaire d’étain et de charbon. Il devait, le soir, être de retour à Cuers pour la retraite aux flambeaux.

– Tu n’oublieras pas, Toni? lui dit Bourguignon, le chef. Sans toi on ne pourrait quasi rien faire.

– N'aie pas peur, seigneur chef, j'y serai.

Comme il ne savait pas lire, il compta bien, dans le train, car il y  avait  quatre gares entre Cuers et Toulon.

Dans la grand ville, il fit ses achats. A deux heures de l'après-midi, prêt à rentrer, Toni était assis dans un compartiment. Le train partit et s'arrêta, une... deux, pause. Puis en avant... trois... quatre... À quatre, Toni Pugliesi passa la tête par la portière et que vit-il ? la mer !

– Christ de chez Christ ! La mer... La mer à Cuers ! Elle est bonne celle là !

Toni en était ébahi, quand l’employé de la gare cria : Bandol !

Il descendit du train, mon Toni, pestant contre la mauvaise fortune. Avec ça, s'il n'arrivait pas à temps pour la retraite aux flambeaux ! Par le premier train qui passa il retourna a Toulon. Là il embarqua dans un wagon. Et un... et deux... et trois... et quatre...

La mer bleue et sereine s'étalait à nouveau devant lui. II s'était encore trompe. Toni jurait :

– Coquin de Saint Soleil! Cure de bonsoir ! Cochon de Saint Antoine!...

Et chaque saint eut sa part de litanie. Il était à Carqueiranne!

Pour la deuxième fois il retourna à Toulon. Le Soleil se couchait. Alors, Toni prit son paquet et partit à pied pour Cuers. Une bonne trotte.

Les fusées du bouquet illuminaient le ciel et on les voyait de loin sur la route. Quand rentra dans Cuers, les dernières notes de musique résonnaient encore dans l’air de la nuit.

Le porte-drapeau de l’harmonie, c’était Chouas Delen le plus grand ennemi de Toni.

Toni Pugliesi en pleura.

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MONSIEUR BERNARD

 

On n’allait pas à Toulon, autrefois, tous les jours mais pour les grandes occasions et même parfois on y faisait son voyage de noces. Toulon était au diable et Marseille au bout du monde. Quand on devait faire le voyage, on y pensait trois mois à l’avance pour être prêt le jour venu.

Maître Imbert, le postillon, menait la patache. Les gens lui retenaient leur place une quinzaine à l’avance. Ils préféraient la voiture qui doucement les menait en sûreté, au chemin de fer où il y avait toujours le risque d'un accident. Et puis, on partait de devant la mairie et on était ramené devant la mairie.

Le départ était route une affaire. Allez ! Un paquet par ici, allez ! un paquet par là. Ça pour monsieur Bermond l’épicier, ça de la part de Bourguignon le boucher. Les colis pêle-mêle s'empilaient les uns sur les autres. Imbert n’était jamais prêt. Si la voiture devant partir a cinq heures, jusqu'a six heures le fouet ne claquait pas. Il y avait dix places: huit dans la guimbarde et deux à coté du postillon.

Un matin, la voiture pleine de voyageurs allait s’ébranler quand le père Bernard arriva en courant.

 - Vous ne vous serreriez pas un peu? dit-il.

 - Mais on est déjà serré comme des anchois !... Vous irez à Toulon demain !

 - Ah! mais non, non il faut que j'y aille aujourd'hui; et encore il faudra que le postillon fasse vite. Je suis mince, je me caserai toujours. Ils se serrèrent un tant soit peu monsieur Bernard put poser une fesse sur la banquette. - Vous y êtes tous? cria maître Imbert.

Et d'un coup de fouet spectaculaire enveloppa les deux paires de bêtes qui s’élancèrent sur la route.

En chemin les langues allèrent leur train, elles aussi, et chacun disait ce qu'il comptait faire a Toulon.

 -  Où allez-vous, commère Baude ?

 - Nous allons acheter des vêtements pour l’aînée.

 -  Et vous monsieur Cacalon ?

 - Je vais acheter du sulfate.

 - Tatie Rouson dit:

 - Moi, je vais voir un avocat parce que, figurez-vous, ce gueux de monsieur Daups ne veut plus payer le loyer de l’étable.

Enfin vint le tour de monsieur Bernard :

 - Qu’est-ce qui vous arrive, vous, que vous êtes tout pensif?

 - Ah! Ne m’en parlez pas! Je vais à l'Institut Pasteur. J'ai été mordu par un chien enragé.

 - Mon pauvre! Et comment vous sentez-vous ?

 - Oh, rien du tout, rien du tout... juste envie de mordre quelqu'un de temps en temps, pas plus.

Tous les vidages pâlirent. Surtout que monsieur Bernard, de temps en temps, mastiquait. Chacun se fit tout petit et bientôt, monsieur Bernard eut assez la place pour s'asseoir sur ses deux fesses.

A Solliès-Pont, tatie Rouson dit :

 - Je crois que je vais descendre ici. J'irai consulter maître Panouille, ce sera plus vite fait.

Et commère Baude, en prenant bien garde de ne pas marcher sur les pieds de monsieur Bernard :

 - Moi, je vais pas plus loin. J'ai réfléchi, je ferai mes affaires ici.

Après La Farlède la père Bernard se retrouva seul dans la patache. Tu parles de rire. Mais un qui ne riait pas, c’était maître Imbert, le cocher, qui ne comprenait pas pourquoi il perdait tout son monde en chemin.

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