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LE CANARD

 

   

 

Vaqui lou cousin Victor que rintravo de la Pouirraco ente avié quàuqueis óulivié em’un pichoun bastidoun. Rintravo toujour tard lou souar quand la nue coumençavo de toumba e que li ’vié plus degun en campagno. Ensin d’un caire ou de l’autre poudié rabaia quaucarèn ; quàuquei pero, doui pessègue, uno poulo. Pourtavo uno grando blodo que li descendié jusqu’ei geinoui e ensin dins aquesto blodo poudié metre sa piho.

 

Aquéu jour d’aqui èro passa dóu caire dei terro dóu-z-Ar. Aqui li ’vié uno grosso bastidasso, que li es encaro, qu’apartenié à un nouma Jan Guiran, èro un cambarado dóu cousin Victor.

Alor lou cousin Victor s’aprocho, si dis : « Tè, li vau dire bounjour ! »

– O ! Jan… Janet… Janet !, crido. Degun respouande. Fa lou tour de la bastido e aviso darrié l’oustau, dins un poulaié, un canard magnifique.

Si dis : « Tè, aquéu canard, dimenche mi fara uno bouano coumpagnié ». Aganto lou canard, lou mete souto sa blodo e s’en va à Trans.

 

S’un còup es au pouant dóu Cassivet proche de Trans, aviso davans éu uno pichouno vièio que pourtavo un panié emé de salado. Si dis  « Tè , es tanto Souaseto ! »

 

Vous fau dire qu’à Trans , tanto Souaseto èro la tanto de degun, mai tout lou mounde li dihié  "Tanto". Parèis que dins sa jouinesso èro fouarço poulido, meme que avié fa vira ; lou noutàri, l’enfant dóu medecin, lou paure moussu Gastaud… enfin acò mi regardo pas e puei èro vièio, èro dóu tèms passa. Aro li restavo que lei bouan souveni.

 

Arriva au coustat de la tanto Souaseto, lou cousin li dis :

– Òuh, Tanto ! Mai sias toujour gaiardo !

– Oh, es tu moun bèu pichoun ? Mi parles pas, es uno marrido cauvo de si faire vièio ! Va viés pas ? Tout aro li viéu plus, ai plus ges de dènt, pouàdi plus mastega, mi fau plus que de cauvo moualo ; viéu que li a que la terro que m’espèro.

– La terro vous espèro ? Pensas un pau tanto Souaseto, sias fresco coumo uno roso !

 

En fèt de roso , vous fau dire que la tanto Souaseto semblavo pulèu uno d’aquélei figo restado óublidado sus lou greissié, e que si penecavo ; mai enfin lei coumplimen fan toujour plesi...

 

Dóu tèms que charravon – es aqui que sian – lou canard que sentié la salado passo la tèsto de la blodo. E vous fau dire que dins la nue que toumbavo, aquel óutis que sourtié d’aquel endré, avié marrit èr. Aurias pouscu crèire ce que cresié justamen la tanto Souaseto.

 

– Oh, dis, boudiéu ! Eh bè, pourtant n’ai vist dins ma vido, n’ai vist de tout biais e de touto merço. N’ai vist qu’èron gaiard, d’autre que l’èron pas ; n’ai vist que si tenien dre, d’autre que s’acipavon… mai d’aquélei que piton la salado, n’aviéu jamai vist !

 

Guillaume Barles

 

 

   

LE CANARD

 

 

 

Voilà le cousin Victor qui rentre de la Pouirraque où il avait quelques oliviers avec un petit cabanon. Il rentrait toujours tard le soir quand la nui commençait à tomber et qu’il n’y avait plus personne dans la campagne. Ainsi d’un côté ou de l’autre il pouvait rafler quelque chose ; quelques poires, deux pêches, une poule. Il portait une grande blouse qui lui descendait jusqu’aux genoux et ainsi dans cette blouse il pouvait mettre son larcin.

Ce jour là il était passé du côté des terres des Arcs. Là il y avait une grosse bâtisse, qui y est encore, qui appartenait à un nommé Jean Guiran, c’était un camarade du cousin Victor.

Alor le cousin Victor s’approche, il se dit : « Tiens, je vais lui dire bonjour ! »

– O ! Jean… Jeannot… Jeannot !, crie-t-il. Personne ne répond. Il fait le tour de la ferme et voit derrière la maison, dans un poulailler un canard magnifique.

Il se dit : « Tiens, ce canard, dimanche me fera une bonne compagnie ». Il attrape le canard, le met sous sa blouse et s’en vas à Trans.

 

Lorsqu’il est au pont du Cassivet près de Trans, il voit devant lui une petite vieille qui portait un panier avec des salades. Il se dit : « Tiens, c’est tante Susette ! »

 

Il faut vous dire qu’à Trans, tante Susette était la tante de personne, mais tout le l’appelait « Tante ». Il parait que dans sa jeunesse elel était très jolie, même qu’elle avait fait tourné la tête au notaire, au fils du médecin, au pauvre monsieur Gastaud… enfin cela ne me regarde pas et puis elle était vieille, c’était du passé. Maintenant il lui restait les bons souvenirs.

 

Arrivé au côté de tante Susette, le cousin lui dit :

– Oh ! Tante ! Mais vous êtes toujours en forme !

– Oh ! C’est toi mon beau petit  ? Maintenant je n’y vois plus, je n’ai plus de dents, je ne peux plus mâcher, il me faut des choses molles ; je sais qu’il n’y a que la terre qui m’attend.

– La terre vous attend ? pensez un peu tante Susette, vous êtes fraîche comme une rose !

 

 

En fait de rose, il faut vous dire que la tante Susette ressemblait plutôt à une de ces figues restée oubliée dans le séchoir, et qui y fanait; mais enfin les compliments font toujours plaisir…

 

Pendant qu’ils parlaient – on y arrive – le canard qui sentait la salade passe la tête de la blouse. Il faut vous dire que dans la nuit qui tombait, cet outil qui sortait de cet endroit, avait mauvais air. Vous auriez pu croire ce que justement croyais la tante Susette.

– Oh; dit-elle, mon Dieu! Et bien, portant j’en ai vus dans ma vie, j’en ai vus de toutes espèces, de toutes sortes. J’en ai vus qui étaient gaillards, d’autres qui ne l’étaient pas, j’en ai vus qui se tenaient droits, d’autres qui tombaient… mais des qui picorent la salade, je n’en avais jamais vu !

 

 

 

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