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Brancàci au païs de Mao…

 

 

 

 

En ribo de Gapèu, proche de Touloun, es couneissu coumo lou loup blanc, e à Souliés-Pouant, coumo à Souliés-Vilo e à Souliés-Toucas l’an subre-nouma « Brancàci ».

Or, Brancàci es pas brancàci. Mai, s’es coumpausa un persounage óuriginau que tèn dóu levènti e dóu bounias, e l’autre matin un siéu cousin m’a larga ’no counfidènci que cridarai pas pèr carriero : « Brancàci, emé soun faus èr de mesquin, a mai de sòu qu’un chin a de niero ! »…

Iéu, crèsi qu’es verai. D’autant mai que nouastre ome, qu’a quasimen jamai quita soun oustau, a vougu, l’a un parèu de mes, si paga un viage espetaclous. En Chino, o, au païs de Mao…

Coumo Brancàci es d’aquélei que regardon pas de sourti quand plòu, au moumen de parti s’es presenta en garo de Souliés-Pouant. Picant à l’agachoun, diguè au bihetaire : « Tè ! Leoun, seras bèn brave de mi douna un ana-veni Souliés-Pekin ».

Jujas vèire ! Lei bras n’en toumbèron au paure Leoun :

— Mai, Brancàci, moun bèu, de que mi diés ? Uno biheto pèr Pekin, alor que la mita dei trin s’arrèston plus à Souliés-Pouant… Ti recoumàndi d’ana à Touloun, encò d’Air-France, pèr croumpa ta biheto. E lèu, estènt que lei gènt, aro, van en Chino coumo l’avé va à la sau.

Vaqui, en gros, ce que fuguè la despartido de Brancàci pèr la Chino tant luenchenco e misteriouso. Vous countarai pas pèr lou menut lou viage agradiéu e meme estraourdinàri que faguè…

Em’acò, Brancàci revenguè à Souliés-Pouant. Lou Rèi, o pulèu Mao èro pas soun cousin. E cadun de li demanda d’entre-signe, de souveni sus sa crousiero eisoutico. Enjusqu’à un galejaire que l’interrouguè :

— Avian cregnènço de plus ti vèire, Brancàci. Pèr parti, lei camin an fa tira en garo de Souliés, mai pèr tourna en Franço, coumo as fa ? Nous farié gau d’un pau lou saupre.

Brancàci, de rebeca quatecant :

— Ah ! tout va charmant en Chino… Figuras-vous que sabiéu pas mounte si dounon lei biheto de retour. Pèr charra emé lei gènt es pas tout un… Fin finalo, après èstre ana en descuberto, m’enfournèri dins un oustalas majestous. Ero la garo de Pekin. Tè ! mi siéu pensa, as bèn capita. Seguramen ti dounaran d’entre-signe sus toun viage.

Davans iéu, l’avié un agachoun entre-durbi. Un Chinés èro aqui, asseta darnié soun burèu. Bretounejant quàuquei mot d’anglés mi tànqui davans l’agachoun :

— Moussu lou Mandarin, voudriéu bèn tourna en Franço. Mai, pèr la biheto, siéu en chancello…

— E perqué, Moussu l’Euroupen ? Siéu à vouastre service… Ounte voulès ana ?

— En Franço.

— Mai mounte, eisatamen ?

— A Souliés, à la bastido…

Alor lou Chinés :

— A Souliés-Pouant, Souliés-Vilo, o Souliés-Toucas ?

Brancàci n’en siguè tout atupi, e en escoutant soun istòri, lei gènt de Souliés, vous v’assegùri, an durbi d’uei coumo d’acubié !

 Cascaròti

 

Pancrace au pays de Mao...

 

Sur les rives du Gapeau, près de Toulon,  il est connu comme le loup blanc, et, à Solliès-Pont, comme à Solliès-Ville et à Solliès-Toucas on l’a surnommé « Pancrace ».

Or, Pancrace n’est pas un nigaud. Mais, il s’est composé un personnage original qui tient du fanfaron et du bonasse, et l’autre matin un de ses cousins m’a fait une confidence que je ne crierai pas dans les rues : « Pancrace, avec son faux air de pauvre bougre a plus de sous qu’un chien a de puces ! »…

Moi, je crois que c’est vrai. D’autant plus que notre homme, qui n’a quasiment jamais quitté sa maison, a voulu, il y a quelques mois, se payer un voyage extraordinaire. En Chine, oui, au pays de Mao…

Comme Pancrace est de ceux qui n’hésitent pas à sortir quand il pleut, au moment de partir il s’est présenté en gare se Solliès-Pont. Frappant au guichet, il dit au vendeur de billets : « Tiens ! Léon, tu seras bien gentil de me donner un aller et retour Solliès-Pékin ».

Pensez voir ! Les bras lui en tombèrent au pauvre Léon :

— Mais, Pancrace, mon beau, que me dis-tu ? Un billet pour Pékin, alors que la moitié des trains ne s’arrêtent plus à Solliès-Pont… Je te conseille d’aller à Toulon, chez Air-France, pour acheter ton billet. Et vite, étant donné que les gens, maintenant, vont en Chine comme les brebis vont au sel.

Voilà, en gros, ce que fut le départ de Pancrace pour la Chine si lointaine et mystérieuse. Je ne vous raconterai pas par le menu le voyage agréable et même extraordinaire qu’il fit…

Et Pancrace revint  à Solliès-Pont. Le Roi, ou plutôt Mao n’était pas son cousin. Et chacun de lui demander des renseignements, des souvenirs sur sa croisière exotique. Jusqu’à un farceur qui l’interrogea :

— Nous avions peur de ne plus te voir, Pancrace. Pour partir, il a fallu que tu ailles jusqu’à Solliès-Pont, mais pour revenir en France, comment as-tu fait ? Cela nous ferait plaisir de le savoir un peu.

Pancrace, de répondre sur le champ :

— Ah ! tout va pour le mieux en Chine… Figurez-vous que je ne savais pas où l’on donne les billets de retour. Pour parler avec les gens ce n’est pas facile…. Finalement, après être parti à la découverte, je rentrai dans une grande maison majestueuse. C’était la gare de Pékin. Tiens ! ai-je pensé, tu y es arrivé. Certainement qu’on te donnera des renseignements sur ton voyage.

Devant moi, il y avait un guichet entrouvert. Un chinois était là, assis derrière son bureau. Bredouillant quelques mots d’anglais je me plante devant le guichet :

— Monsieur le mandarin, je voudrais bien retourner en France. Mais pour le billet, j’hésite…

 — Et pourquoi, Monsieur l’Européen ? Je suis à votre service.. Où voulez-vous aller ?

 — En France.

— Mais où, exactement ?

— A Solliés, à la maison...

Alors le Chinois :

— A Solliés-Pont, Solliés-Ville, ou Solliés-Toucas ?

Pancrace en fût tout étonné, et en écoutant son histoire, les gens de Solliès, je vous l’assure, ont ouvert des yeux comme des soucoupes.

Cascaròti

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